Institut Professionnel des Comptables
et Fiscalistes Agréés
Loi du 22 avril 1999
 
N° 91 - 31.01.01 - Le tableau de trésorerie

Edition n° 91 du 31 janvier 2001

Tableau de trésorerie

    Auteur:
    Georges HONORE
    membre du Conseil National IPCF

1. Utilité

Le plan de trésorerie sert à la gestion financière de l’entreprise. C’est un outil d’aide à la coordination des décisions courantes d’exploitation et de financement à l’intérieur du cadre défini par le plan financier.

Il constitue un moyen de contrôle et d’aide des sollicitations et recours courants auprès des organismes financiers. Il a ainsi pour but de déterminer à l’avance le montant des capitaux dont l’entreprise aura besoin aux différentes échéances.

La planification est le plus souvent annuelle avec un découpage mensuel. Ce découpage permet ainsi de déterminer, mois par mois, les déséquilibres qui peuvent survenir régulièrement entre les ressources et les utilisations habituelles. On peut ainsi prendre des mesures, notamment de financement à court terme, pour y faire face.

A l’inverse, le plan de trésorerie permet, dans un horizon d’un an, de déterminer les excédents de trésorerie autorisant des placements à court terme.

2. Avantages

Outre qu’il complète l’établissement d’un plan financier, le plan de trésorerie présente des avantages évidents :

  • les moyens financiers sont utilisés efficacement ;
  • par son existence, il accroît la confiance des prêteurs ;
  • les besoins de recourir au crédit apparaissent de façon plus évidente ;
  • l’octroi de crédit s’étudie plus facilement.

3. Objectifs

La gestion de la trésorerie presque au jour le jour, au travers du plan, permet de prendre plusieurs types de décisions:

  • agir sur les flux d’encaissement et de décaissement ;
  • choisir le mode de financement à court terme ;
  • choisir les modes de placement les plus appropriés.

Le tableau de trésorerie permet ainsi de minimiser les charges financières globales par l’arbitrage entre les différents modes de financement ou par l’obtention des meilleures conditions de placement en cas de trésorerie excédentaire.

4. Inconvénients

Le plan de trésorerie doit être suivi et revu régulièrement (au moins à la fin de chaque période mensuelle). Il doit être ajusté par les données de début de période. Les paramètres à prendre en compte sont multiples - tels que le caractère aléatoire des flux, la variabilité des conditions bancaires, les coûts des financements, etc.

5. Transposition en trésorerie des budgets

Les besoins de trésorerie sont en général déterminés à partir d’un tableau des flux de trésorerie prévisionnel constituant le plan de trésorerie et réunissant les encaissements et les décaissements mensuels sur les 12 mois à venir.

La structure la plus répandue du plan de trésorerie s’appuie sur la distinction entre les flux qui résultent des opérations d’exploitation et ceux issus des opérations hors-exploitation.

Le plan sera constitué à partir des informations contenues dans le plan financier ou dans les différents budgets (ventes, achats, charges du personnel et investissements, etc.).

5.1. Transposition

Une recette est constatée en exploitation au moment où la facture est envoyée au client. C’est à ce moment que le produit fabriqué ou la marchandise quitte l’entreprise. Mais elle ne se traduira en recette de trésorerie qu’au moment ou le client s’acquittera de sa dette ; il y a donc recette lorsque le montant de la créance est sur le compte bancaire ou en caisse. La créance sur le client passe de l’actif réalisable à l’actif disponible.

De même, une dépense est constatée en exploitation lorsqu’elle est consommée; c’est au moment où la matière sort du magasin et entre en fabrication, entre en magasin ou, en ce qui concerne les rémunérations, dès le moment de la prestation. Elle est dépense de trésorerie dès le moment où elle est payée au fournisseur, au personnel, etc.

Le mouvement financier est différé par rapport, d’une part au constat de la créance et, d’autre part, au constat de la dette.

5.2. Recettes

Comme les recettes proviennent principalement des ventes, le délai dépend de la longueur du crédit accordé aux clients.

Partant du plan des ventes, du budget commercial, la simulation de l’échéancier et/ou d’une balance clients donne la répartition du chiffre d’affaires dans le temps. Il y aura lieu de corriger les montants obtenus en y ajoutant la T.V.A. dont la date de recettes peut être différente du moment de leur versement au Trésor.

S’il y a d’autres recettes prévues à la situation d’exploitation (location, vente de matériel, ...) le plan de trésorerie en tiendra compte.

5.3. Dépenses

Celles-ci sont à examiner sous divers aspects.

5.3.1. Les dépenses de matières, de marchandises

Elles sont dépenses de trésorerie lors du paiement aux fournisseurs. Lorsque ces matières entrent dans l’entreprise, elles sont constatées aux comptes d’exploitation et marquent une dette. La dépense se réalise généralement ultérieurement. Il y a lieu d’ajouter la T.V.A., l’ensemble étant payé aux fournisseurs à l’échéance.

5.3.2. Les dépenses qui en exploitation, font l’objet d’imputation par abonnements (1/3 - 1/2 - 1/12).

Ce sont les dépenses de loyer, d’assurances, de taxes, d’O.N.S.S., d’intérêts, etc., elles sont prises en charges par répartition sur toute une période, mais sont en trésorerie, payables à une date fixe.

5.3.3. Les dépenses dont la date de paiement correspond à la date d’imputation.

Ce sont les rémunérations (acomptes et soldes), la force motrice, la sous-traitance, la RTT - FAX et les frais postaux.

5.3.4. Les charges d’exploitation non dépensées

Telles que les charges d’amortissements, de provisions constituées. Elles n’influencent pas la situation de trésorerie.

5.4. Dépenses ou recettes hors exploitation (acycliques)

  • Il s’agit des dépenses pour investissements - acomptes, échéances, soldes.
  • Les remboursements d’emprunts ou tranches d’emprunts portés aux échéances prévues aux contrats d’emprunts.
  • Les dépenses d’impôts sur les revenus (versements anticipés).
  • Les dividendes et autres attributions sur les bénéfices portés à la situation de trésorerie, à la date fixée par l’assemblée générale.

Parmi les recettes hors exploitation, on relèvera

  • les ventes d’immobilisés désaffectés ;
  • les entrées, suite aux emprunts et financement contractés.

6. Relevé des recettes

6.1. Fonctionnement encaissement des ventes

Il convient en partant de prévisions, de décompter les montants nets qui seront débités aux clients par période généralement mensuelle. Aux chiffres des ventes nettes budgétées, il y a lieu d’ajouter la T.V.A.

Lorsque les montants à débiter aux clients sont déterminés, il y a lieu de savoir quand ils seront encaissés.

Que ce soient des ventes effectives ou des prévisions, on peut considérer des délais jusqu’à 90 jours de crédit, sachant que les clients ne respectent pas tous le délai contractuel.

Les ventes mensuelles sont éclatées en diagonale selon les délais de paiement ou leurs prévisions d’encaissement.

6.2. Prévision des ventes

janvier
*1000
février
*1000
mars
*1000
avril
*1000
mai
*1000
  novembre
*1000
 
1.200 2.000 4.000 2.800 3.600   2.000  
1.452 2.420 4.840 3.388 4.356   2.420  

6.3. Encaissements

  Encaissements
mois ventes TVA incl.
*1000
comptant
*1000
30 jours
*1000
60 jours
*1000
90 jours
*1000
Total
*1000
octobre 6.000 900        
novembre 3.024 480 2.900      
décembre 3.095 514 812 1.955    
janvier 1.452> 435 1.960 1.620 245 4.260
février 2.420 726 580 471,2 112 1.890
mars 4.840 1.452 968 290,4 149,6 2.860
avril 3.388   1.926 484 1.452 3.581
mai 4.356     968 242 3.872
juin 2.420       484 3.630

Si l’entreprise se caractérise par plusieurs types de clientèles bénéficiant de conditions de paiement différentes, il y a lieu

  • de calculer la part relative moyenne de chaque catégorie de clientèle dans le total des ventes ;
  • de calculer ensuite le délai moyen de paiement par catégorie de clientèle.

7. Autres produits

Les prévisions des recettes autres sont relevées dans une annexe.

>Elles peuvent être, entre autres: (rubriques 74 et 75)

  • les ristournes, rabais, remises ;
  • les subsides d’exploitation ;
  • les revenus de location ;
  • les frais récupérés – indemnité/sinistre, sur charges sociales ;
  • les produits financiers courants.

La nature de ces produits rend assez aisé l’établissement du calendrier des recettes. Certains d’entre eux, donnent parfois lieu à des flux indirects ou compensés. Pour certains autres produits (indemnisations), il convient d’obtenir un accord définitif quant au montant et à la date d’exigibilité. Dans certains cas, il est préférable de ne pas les entrer dans le plan de trésorerie vu leur peu d’importance.

Exemple

Analyse des autres produits

Objet janvier février novembre
Produits engendrant des flux indirects ou des compensations
74 Ristournes - rabais - remises      
74      
Produits engendrant des flux directs
74 Récup. des frais sociaux      
74 Location      
74 Produits divers      
Produits aux flux aléatoires quant à la date d’encaissement
74 Subsidies - Indemn. - sinistre      

8 . Recettes hors exploitation

Les produits financiers spécifiques tels qu’intérêts de placement permanents, les dividendes, etc., peuvent être considérés sous cette rubrique.

Il y reprend également:

  • le produit de la vente de titres de placement ;
  • les produits de la vente d’immobilisations corporelles, financières, ... ;
  • les produits des emprunts nouvellement contractés ;
  • des augmentations de capital - primes d’émission.

9. Les dépenses

Les dépenses s’analyseront sous divers aspects :

A. les frais variables

  • achats matières et marchandises
  • les rémunérations

B. les frais fixes ;

  • les services dont le paiement a une périodicité connue d’avance (assurance, loyer, électricité) ;
  • les services dont la période de décaissement n’est pas précisée (frais d’entretien) ;

C. les frais financiers ;

D. les dépenses hors exploitation.

10. Les frais variables

10.1. Les achats

Considérant le budget ou les prévisions des ventes ou des utilisations, on peut établir les besoins de marchandises ou matières en analysant les achats groupe par groupe.

On peut aussi procéder en utilisant simplement des pourcentages par rapport aux ventes. Il y a lieu de tenir compte des délais normaux de crédit accordés par les fournisseurs.

Exemple

En janvier on achète pour vendre en février - crédit 30 jours fin de mois maximum.

  Décaissements
mois Achats TVA incl .
*1000
comptant
*1000
30 jours
*1000
60 jours
*1000
Total Remarques
*1000
octobre 4.629 925,8        
novembre 2.333 466 2.777,4      
décembre 2.388 477 1.403 925,8 2.802  
janvier 1.452 290 1.434 467 1.191  
février 2.904 581 872 477 1.930  
mars 2.033 407 1.742 290 2.439  
avril 2.614 523 1.219 581 2.323  
mai 3.360 672 1.568 407 2.265  
juin 1.867 373 2.016 523 2.912  
juillet       672    

10.2. Frais de personnel

Tableau de synthèse l compte période P+1 P+X
rémunérations nettes allouées au personnel montants décaissés sur la période (acompte sur rémunération)
montants décaissés sur la période suivante (solde rémunérations)
455
455
X
-
-
X
-
-
charges salariales retenues précompte professionnel
cotisation à la sécurité sociale
453
454
-
-
X
X
-
-
Charges patronales werkgeverslasten cotisation ONSS
assurance loi (accidents de travail )
454
459
-
-
X
-
-
X
pécules et primes pécules de vacances
prime fin d’année
456
456
-
-
-
-
X
X
autres frais médecine - vêtements - cantines, etc 440 X - -
Total des charges des rémunérations T      

Il importe d’accorder une attention sur les dépenses pour sous-traitance.

10.3. Frais fixes - Services et biens divers

L’analyse de ces dépenses est moins ardue; en effet, pas mal de ces frais sont réglés suivant une périodicité connue d’avance: loyer, électricité, chauffage, primes d’assurance, RTT/FAX, taxes, etc.

Certains frais font l’objet d’un décaissement selon la décision de l’engagement de frais tels que entretien, frais de représentation, foire, publicité.

10.4. T.V.A.

L’entreprise soumise à régime mensuel, il y aura lieu de verser au Trésor l’excédent de la T.V.A. encaissée sur recettes et celle payée sur achats et charges. Si l’écart est négatif, l’entreprise aura une créance sur le Trésor dont la date de remboursement devra être estimée sauf report à la période suivante.

Si l’entreprise est soumise au régime trimestriel, il y a lieu de tenir compte des versements provisionnels mensuels.

10.5. Frais financiers

On convertit en terme de trésorerie, les charges financières dont la prévision a pu être calculée:

  • les intérêts sur les emprunts ;
  • l’escompte accordé aux clients ;
  • les frais de banque.

Les frais de différence de change, frais sur devises sont souvent négligés. Inutile de rappeler que dans certains cas leur importance est telle que leur négligence peut engendrer une situation dangereuse.

10.6. Dépenses hors exploitation

Le plan des investissements à long terme est complété d’un plan de financement à long terme reprenant l’analyse détaillée des contrats d’emprunts.

Le plan de trésorerie tiendra compte des remboursements en principal sur ces dettes à long terme.

Il y a lieu de tenir compte aussi des investissements et des acquisitions provoquant des dépenses sans recours à l’emprunt, ni au financement.

11. Ajustement de la trésorerie nette au début de chaque période

La situation financière devra être revue au début de chaque période et le plan de trésorerie sera modifié en inscrivant le nouveau solde bancaire sous la rubrique "Solde bancaire au début du mois".

Libellés jan/prévis jan/réel écarts févr
Solde bancaire au début de mois        
(-)
- chèques émis non débités
- virements émis non débités
- effets à payer en cours
       
(+)
- chèques remis non débités
- effets remis à l’escompte
       
Solde bancaire actualisé A B A - B  

12. Tableau de trésorerie

libellés janvier février mars avril mai juin juillet
1 solde bancaire actualisé 220.260            
2 en caisse et CCP 95.415            
A situation de trésorerie corrigé début: 1 + 2 315.675            
3 recettes sur ventes TVA incl 4.260.000 1.890.000 2.860.000 3.581.000 3.872.000 3.630.000  
4 autres produits d’exploitation 72.000 60.500 41.217 410.000 55.400 37.600  
5 TVA à récupérer - - - - - -  
B recettes d’exploitation: 3 + 4 + 5 4.332.000 1.950.000 2.901.217 3.991.000 3.927.400 3.667.600  
6 retard de paiement fournisseurs 420.000            
7 retard de paiement sous-traitants -            
8 dépenses sur achats TVA incl. 2.191.000 1.930.000 2.439.000 2.323.000 2.265.000 2.912.000  
9 dépenses de rémunération 463.164 208.160 2.439.000 2.323.000 2.265.000 2.912.000  
10 charges fixes TVA incl. 240.250 251.500 240.250 220.480 196.760 230.440  
11 TVA à payer 16.754 95.970 191.190 134.358 172.746 164.065  
12 charges financières courantes 15.210 14.980 14.750 14.420 14.190 14.000  
C dépenses d’exploitations: 6 à 12 3.346.378 2.500.610 3.105.600 2.942.358 2.847.296 3.801.465  
D variation de trésorerie d’exploitation: B - C 3.346.378 2.500.610 3.105.600 2.942.358 2.847.296 3.801.465  
13 recettes hors exploitation - - - - - -  
14 dépenses hors exploitation 30.000 430.000 30.000 30.000 430.000 30.000  
E variation de trésorerie hors exploitation: 13 - 14 30.000 430.000 30.000 30.000 430.000 30.000  
F situation de trésorerie fin de mois 1.271.297 - - 1.018.642 650.104 -  
  A (+ ou -) D (+ ou- ) E - (980.110) (234.383) - - 163.865  
15 trésorerie de sécurité 250.000            
16 crédit de caisse -            
G excédent de trésorerie 1.021.297 41.187 - 825.466 1.475.550 1.311.685  
H manquant de trésorerie: F - 15 + 16 (-) (-) (193.196) - - -  

1. Ce tableau de synthèse devra être accompagné de tableaux annexes - En principe chaque ligne est constituée et justifiée par un tableau annexe

2. Rubrique 16. Les lignes de crédit accordées offrent des moyens financiers supplémentaires (aucun contrat en cours).

***

Dernière mise à jour le 11/08/2005 11:34:00
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